AXIOMES ALCHIMIQUES
par Henricus MADATHANUS,
1625.
(Adrian von Mynsicht,
1603-1638)
1. - Tout ce qu’on
peut accomplir par une méthode simple ne doit pas être essayé par une
méthode compliquée.
Il n’y a qu’une seule Vérité dont l’existence n’a pas besoin de preuve,
parce qu’elle est elle-même sa propre preuve pour ceux qui sont à même
de la percevoir. Pourquoi se servir de la complexité pour chercher ce
qui est simple ? Les sages disent : “Ignis
et Azoth tibi sufficiunt”. Le corps est déjà en votre
possession. Tout ce qu’il vous faut, c’est le Feu et l’Air.
2. - Nulle substance ne peut être rendue parfaite sans une longue
souffrance.
Grande est l’erreur de ceux qui s’imaginent que la pierre des
philosophes peut être durcie sans avoir été préalablement dissoute ;
leur temps et leur travail sont perdus.
3. - La nature doit être aidée par l’art toutes les fois qu’elle manque
de force.
L’art peut servir la nature, mais non la supplanter. L’art sans la
nature est toujours anti-naturel. La nature sans l’art n’est pas
toujours parfaite.
4. - La nature ne peut être améliorée qu’en elle-même.
La nature d’un arbre ne peut pas être changée par l’arrangement des
branches, ni par l’addition d’ornements ; il ne peut être amélioré
qu’en perfectionnant le sol sur lequel il croît, ou par la greffe.
5. - La nature use de la nature, la comprend et la vainc.
Il n’y a point d’autre connaissance que la connaissance de soi-même.
Tout être ne peut réaliser vraiment que sa propre existence, mais non
celle d’un élément qui lui est totalement étranger.
6. - Celui qui ne connaît pas le mouvement ne connaît pas la
nature.
La nature est le produit du mouvement. Au moment où le mouvement
éternel cesserait, la nature entière cesserait d’exister. Celui qui ne
connaît pas les mouvements qui se produisent dans son corps est un
étranger dans sa propre maison.
7. - Tout ce qui produit un effet pareil à celui produit par un élément
composé est également un composé.
L’Un est plus grand que tous les autres nombres, car il a produit
l’infinie variété des grandeurs mathématiques ; mais nul changement
n’est possible sans la présence de l’Un qui pénètre toutes choses, et
dont les facultés sont présentes dans ses manifestations.
8. - Rien ne peut passer d’un extrême à l’autre sauf à l’aide d’un
moyen.
Un animal ne peut pas arriver au céleste avant d’avoir passé par
l’homme. Ce qui est antinaturel doit devenir naturel avant que sa
nature puisse devenir spirituelle.
9. - Les métaux ne peuvent pas se changer en d’autres métaux avant
d’avoir été réduits à la prima materia.
La volonté propre, opposée à la volonté divine, doit cesser d’être pour
que la volonté divine puisse envahir le cœur. Nous devons nous
dépouiller de toute sophistication, devenir semblables à des enfants,
pour que la parole de sagesse puisse retentir dans notre esprit.
10. - Ce qui n’est pas mûr doit être aidé par ce qui est parvenu à
maturité.
Ainsi commencera la fermentation. La loi de l’induction régit toutes
les régions de la nature.
11. - Dans la calcination, le corps ne se réduit pas, mais il augmente
de quantité.
Le véritable ascétisme consiste à abandonner ce dont on n’a pas besoin,
lorsqu’on a reçu quelque chose de meilleur.
12. - Dans l’alchimie, rien ne porte de fruit sans avoir été
préalablement mortifié.
La lumière ne peut pas luire à travers la matière, si la matière n’est
pas devenue assez subtile pour laisser passer les rayons.
13. - Ce qui tue produit la vie ; ce qui cause la mort amène la
résurrection ; ce qui détruit crée.
Rien ne sort de rien. La création d’une forme nouvelle à pour condition
la transformation de l’ancienne.
14. - Tout ce qui renferme une semence peut être augmenté, mais point
sans l’aide de la nature.
Ce n’est qu’au moyen de la graine que le fruit portant des graines plus
nombreuses vient à la vie.
15. Toute chose se multiplie et s’augmente au moyen d’un principe
masculin et d’un principe féminin.
La matière ne produit rien si elle n’est pénétrée par la force. La
nature ne crée rien si elle n’est imprégnée par l’esprit. La pensée
reste improductive si elle n’est rendue active par la volonté.
16. - La faculté de tout germe est de s’unir à tout ce qui fait partie
de son royaume.
Tout être dans la nature est attiré par sa propre nature représentée
dans d’autres êtres. Les couleurs et les sons de nature semblable
forment des accords harmonieux ; les substances qui ont des rapports
les unes avec les autres peuvent se combiner ; les animaux de la même
espèce s’associent entre eux, et les puissances spirituelles s’unissent
aux germes avec lesquels elles ont de l’affinité.
17. - Une matrice pure donne naissance à un fruit pur.
Ce n’est que dans le sanctuaire le plus intime de l’âme que se révèlera
le mystère de l’esprit.
18. - Le feu et la chaleur ne peuvent être produits que par le
mouvement.
La stagnation, c’est la mort. La pierre jetée dans l’eau forme des
cercles excentriques progressifs, qui sont produits par le mouvement.
L’âme qui ne s’émeut pas ne peut point s’élever et se pétrifie.
19. - Toute la méthode commence et finit par une seule méthode : la
cuisson.
Voici le grand arcane : c’est un esprit céleste descendant du soleil,
de la lune et des étoiles, et qui est rendu parfait dans l’objet
saturnien par une cuisson continuelle, jusqu’à ce qu’il ait atteint
l’état de sublimation et la puissance nécessaires pour transformer les
métaux vils en or. Cette opération s’accomplit par le Feu Hermétique.
La séparation du subtil d’avec l’épais doit se faire avec soin, en
ajoutant continuellement de l’eau ; car plus les matériaux sont
terrestres, plus ils doivent être dilués et rendus mobiles. Continue
cette méthode jusqu’à ce que l’âme séparée soit réunie au corps.
20. - L’œuvre entière s’accomplit en employant uniquement de l’eau.
C’est la même eau que celle sur laquelle se mouvait l’Esprit de Dieu
dans le principe, lorsque les ténèbres étaient sur la face de l’abîme.
21. - Toute chose doit retourner à ce qui l’a produite.
Ce qui est terrestre vient de la terre ; ce qui appartient aux astres
provient des astres ; ce qui est spirituel procède de l’Esprit et
retourne à Dieu.
22. - Où les vrais principes manquent, les résultats sont imparfaits.
Les imitations ne sauraient donner des résultats purs. L’amour purement
imaginaire, la sagesse comme la force purement imaginaires ne peuvent
avoir d’effet que dans le royaume des illusions.
23. - L’art commence où la nature cesse d’agir.
L’art accomplit au moyen de la nature ce que la nature est incapable
d’accomplir sans l’aide de l’art.
24. - L’art hermétique ne s’atteint pas par une grande variété de
méthodes. La Pierre est une.
II n’y a qu’une seule vérité éternelle, immuable. Elle peut apparaître
sous maints différents aspects : mais, dans ce cas, ce n’est pas la
vérité qui change, c’est nous qui changeons notre mode de conception.
25. - La substance qui sert à préparer l’Arcanum doit être pure,
indestructible et incombustible.
Elle doit être pure d’éléments matériels grossiers, inattaquable au
doute et à l’épreuve du feu des passions.
26. - Ne cherche pas le germe de la pierre des philosophes dans les
éléments.
C’est seulement au centre du fruit qu’on peut trouver le germe.
27. - La substance de la pierre des philosophes est Mercurielle.
Le sage la cherche dans le Mercure ; le fou cherche à la créer dans la
vacuité de son propre cerveau.
28. - Le germe des métaux se trouve dans les métaux, et les métaux
naissent d’eux-mêmes.
La croissance des métaux est très lente ; mais on peut la hâter en y
ajoutant la Patience.
29. - N’emploie que des métaux parfaits.
Le Mercure imparfait, tel qu’on le trouve ordinairement dans certaines
contrées de l’Europe, est tout à fait inutile pour cette œuvre. La
sagesse du monde est folie aux yeux du Seigneur.
30. - Ce qui est grossier et épais doit être rendu subtil et fin par
calcination.
Ceci est une opération très pénible et très lente, parce qu’elle est
nécessaire pour arracher la racine même du mal ; elle fait saigner le
cœur et gémir la nature torturée.
31. - Le fondement de cet art consiste à réduire les Corpora en Argentum Vivum.
C’est la Solutio Sulphuris
Sapientium in Mercurio.
Une science dépourvue de vie est une science morte ; une intelligence
dépourvue de spiritualité n’est qu’une lumière fausse et empruntée.
32. - Dans la Solution, le Dissolvant et la Dissolution doivent rester
ensemble.
Le Feu et l’Eau doivent être rendus aptes à se combiner. L’intelligence
et l’amour doivent rester à jamais unis.
33. - Si la semence n’est pas traitée par la chaleur et l’humidité,
elle devient inutile.
La froidure contracte le cœur et la sécheresse l’endurcit, mais le Feu
de l’Amour Divin le dilate, et l’Eau de l’Intelligence dissout le
résidu.
34. - La terre ne produit nul fruit sans une humidité continue.
Nulle révélation n’a lieu dans les ténèbres si ce n’est au moyen de la
lumière.
35. - L’Humectation a lieu par l’Eau, avec laquelle elle a beaucoup
d’affinité.
Le corps lui-même est un produit de la pensée, et a pour cette raison
la plus grande affinité avec l’intelligence
36. - Toute chose sèche tend naturellement à attirer l’humidité dont
elle a besoin pour devenir complète en sa constitution.
L’Un, de qui sont sorties toutes choses, est parfait ; et c’est
pourquoi celles-ci renferment en elles-mêmes la tendance à la
perfection et la possibilité d’y atteindre.
37. - Une semence est inutile et impuissante, si elle n’est mise dans
une Matrice appropriée.
Une âme ne peut pas se développer et progresser sans un corps
approprié, parce que c’est le corps physique qui fournit la matière
nécessaire à son développement.
38. - La chaleur active produit la couleur Noire dans ce qui est humide
; dans tout ce qui est sec, la couleur Blanche ; et, dans tout ce qui
est blanc, la couleur Jaune.
D’abord vient la Mortification, puis la Calcination, et ensuite l’éclat
doré produit par la lumière du Feu Sacré qui illumine l’âme purifiée.
39. - Le Feu doit être modéré, ininterrompu, lent, égal, humide, chaud,
blanc, léger, embrassant toutes choses, renfermé, pénétrant, vivant,
intarissable, et le seul employé par la nature.
C’est le Feu qui descend des cieux pour bénir toute l’humanité.
40. - Toutes les opérations doivent être faites dans un seul Vaisseau
et sans le retirer du Feu.
La substance employée pour la préparation de la Pierre des Philosophes
doit être rassemblée en un seul lieu et ne doit pas être dispersée en
plusieurs lieux. Quand une fois l’or a perdu son éclat, il est
difficile de le lui rendre
41. - Le Vaisseau doit être bien clos, en sorte que l’eau ne s’en
échappe pas ; il doit être scellé hermétiquement, parce que, si
l’esprit trouvait une fissure pour s’échapper, la force serait perdue :
et en outre il doit être bien clos, afin que rien d’étranger et d’impur
ne puisse s’introduire et s’y mélanger.
II doit toujours y avoir à la porte du laboratoire une sentinelle armée
d’un glaive flamboyant pour examiner tous les visiteurs, et renvoyer
ceux qui ne sont pas dignes d’être admis.
42. - N’ouvrez pas le Vaisseau avant que l’Humectation soit achevée.
Si le Vaisseau est ouvert prématurément, la plus grande partie du
travail est perdue.
43. - Plus la Pierre est alimentée et nourrie, plus la volonté
s’accroîtra.
La sagesse divine est inépuisable ; seule est limitée la faculté de
réceptivité de la forme.